Lorsque au petit matin parut l’aurore aux doigts de rose

Lorsque au petit matin parut l’aurore aux doigts de rose est né suite à une commande d’écriture du Théâtre du Pélican (Clermont-Ferrand), dans le cadre du projet «Nouvelles mythologies de la jeunesse».

C’est un court texte d’une trentaine de minutes pour adolescents.

Une première création a eu lieu en mai 2016 lors du Festival La Cour aux Ados #1 du Théâtre du Pélican de Clermont-Ferrand et une deuxième en en avril 2017 pour La Cour aux Ados #2.
Mise en scène de Jean-Claude Gal et Thierry Robert.
Avec : Lina Aliani, Zoé Coupat, Antoine Flores, Cécile Gaudard, Djamil Mohamed, Margot Nugues-Schonfeld, Salama Rakotoarimalala, Valentin Roddier, Julien Sonntag et Alice Thouilleux.
Plus d’infos : http://www.theatredupelican.fr/yoan-ulysse-dapres-sabine-tamisier-homere/

Plus d’infos : http://www.theatredupelican.fr/festival-cour-aux-ados/cour-aux-ados-2017/9-nouvelles-mythologies-de-jeunesse-3/

Le texte est paru aux Éditions Théâtrales Jeunesses en avril 2017, dans le recueil : Les Nouvelles Mythologies de la jeunesse.

Extrait :

YOAN. – Et si t’étais pas mort papa ?
Si t’étais là, quelque part, en Méditerranée ou sur une autre mer, sur une île ?
Sur AIAIÉ peut-être ! C’est vrai, personne ne sait après tout.
Vos corps, DISPARUS, elle a dit maman.
J’y crois pas à ta mort. Grand-père, peut-être, d’accord, il était vieux, il a pris froid dans l’eau glacée de ce jour là – c’était l’hiver, elle dit maman -, puis un requin ou une baleine ou un CYCLOPE ont dû passer et HOP, le corps de grand-père ! Et celui de grand-mère tout pareil.
Mais toi, NON.
Pas pour rien, le PIC TÉLÉMAQUE. Le hasard j’y crois pas.
T’as dû nager jusqu’à la plus proche terre, tes doigts serrés sur un gros bout d’épave, tes pieds devaient frapper l’eau et ça t’a donné chaud et tu n’as pas pris froid comme grand-père et grand-mère. Tes pieds ont fait HÉLICE et t’as rejoint la terre ferme mais VIDE. Vide d’humains. Seulement des nymphes et magiciennes. Peut-être qu’elles t’ont ensorcelé ? Peut-être Circé t’a t-elle changé en PORC, comme autrefois les hommes d’Ulysse ! Peut-être que tu vis là, victime d’un sortilège et qu’à chaque fois que tu veux prendre la mer pour venir nous rejoindre, POSÉÏDON soulève les flots et ZEUS lui-même déchaîne le ciel ?
Peut-être. Peut-être que chaque jour qui passe tu élabores des plans pour te sortir de là et retrouver ta douce Sybille. « Ma douce Sybille », elle dit maman.
« Ma douce Sybille ».Elle dit que tu l’appelais comme ça.
Elle dit aussi que tu ne savais pas encore, POUR MOI, dans son ventre.

 Silence.

C’est l’aube, le zéphir souffle.

Le soleil pointe à l’horizon. Il éclaire Notre-Dame, perchée sur sa colline, dans la ville, là-bas. J’ai rien mangé papa. Pas pu dormir non plus. Et moi, le fils que tu ne connais pas, « lorsqu’au petit matin paraît l’aurore aux doigts de rose », je dois prendre le chemin de l’école, un CHARYBDE dans mon ventre.

Anakpok Kunuk

Texte inédit.
Anakpok Kunuk ou L’incroyable traversée, texte court (20mn), est né d’une commande d’écriture de la Cie Trafics D’art II, (Aix-en-Provence), dans le cadre de son projet sur l’hospitalité et le demandeur d’asile, « Un ange à ma table ».
C’est un texte tout public à partir de 9-10 ans.
Un enfant inuit demande asile à Marseille…

Il a été mis en espace, dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine à La Fondation Vasarely d’Aix-en-Provence , en septembre 2012.
Mise en scène : Gilbert Landreau.
Avec : Atsama Lafosse.

Extrait :

Anakpok.- Vous, pas croire moi. Anakpok sait. Adultes jamais croire. Pas grave. Voyage, pas important. Pourquoi Anakpok venu, important ça. Mamie Yubriana, morte. Mercure, plomb, dans son sang. Trop mangé poissons, phoques, oiseaux, pas bons. Mercure, plomb dans eux. Qui pose mercure, plomb, dans leur sang ? Amarok, père Anakpok, mort, plus vu lui. Coule sous glace jamais fondre d’habitude.

Glace casse, ours marchent autour, chasser, plus. Faim ils, ont. Morts alors. Comme Nanuq. Vous, avez laissé tomber Nanuq, dans mer Méditerranée. Mon petit – Anakpok sait. Inuits peur. Maisons bougent dans villages. Banquise chauffe.

Qui met chauffage à Mittimatalik ? Tikaali, frère Anakpok, mort. Corde à cou lui, Mam’le trouve. Alcool trop. Essence quads, motoneiges, respire, pleure. Anglais, français, parle pas Tikaali, pas travail pour lui. Drogue, alcool, qui amène ça à Mittimatalik ? Grand-père Yakone, malade lui, fume. Trop. Tousse, crache, fume cigares, cigarettes. Qui amène ça à Mittimatalik ? Anakpok sucre, dans son sang. Mange toujours chips, poutines, mars, snickers, fingers. Qui amène ça à Mittimatalik ?

Grand-mère Yubriana, quand malade, dis à moi, Anakpok, vois : hommes blancs, Qallunaat, gros sourcils, Tukuma, trop à faire, trop pressés. Avant eux, jours froids, durs mais heureux. Belles vies. Chasse, jouer, couture, enfants, chiens, voyages. Tout, plus pareil, Anakpok, tout, elle dit.

Vous, tuez, terre, nous. Bateaux, avions, voitures, usines, plomb, mercure, fumées, gaz, même loin, tout, arrive, à Mittimatalik. Prof, histoire-géo, dit, dans vingt ans, nous, inuits, réfugiés pour santé, réfugiés climatiques, réfugiés pas travail. Elle dit, vous, enfants nous, demanderaient asile.

Bientôt Mittimatalik, longue nuit, trois mois. Dedans tête mère aussi. Anakpok plus attendre. Pas voir mourir inuits. Ici, chaud. Horizon, pas. Mais, Anakpok plus savoir, à Mittimatalik, comme aidé Mam’ et Yakone ? Trop petit.

Fatigué. Fatigué parler aussi. Assez. Anakpok demande asile. Anakpok dit, réfugié je.

Trace(s)

Texte inédit.
Trace(s) est né d’une commande d’écriture de la Senna’ga Cie
C
est un monologue pour une femme, écrit pour Agnès Pétreau, comédienne et directrice artistique de la Senna’ga Cie.

Le texte a été créée sous forme de lecture-mise en espace, au Bois de L’Aune à Aix-en-Provence en novembre 2014.
Mise en scène et scénographie : Agnès Pétreau.
Assistante à la mise en scène : Tiphaine Janvier.
Avec Agnès Pétreau, accompagnée par le musicien Pascal Versini.
Créations lumières et régie : Jocelyne Rodriguez.
Plus d’infos sur le texte et la mise en lecture : Senna’ga Cie.

Liens vers des articles de presse :
Dans Zibeline, par Maryvonne Colombani, Juin 2019 : https://www.journalzibeline.fr/critique/rejoindre-ses-apparences/
Dans Zibeline, par Maryvonne Colombani, Novembre 2013 : https://www.journalzibeline.fr/critique/geographie-intime/

Extrait :

Diane. – Ils disent
Arabe, espagnole, italienne, portugaise, CORSICA DONNA ?
Ils disent
Peau mate, cheveux noirs les yeux noirs. ÉTRANGÈRE, ils disent. SÛR. Pas d’ici.
Les origines. Vos origines ? ils disent.
Les Vosges, je dis. Ils rient. Seulement ça, pas plus, je dis.
Ah bon ? ils disent et rient encore.
Ah bon, pas d’origines, vraiment ? Pas d’origine autres, vous ?
Non, je dis. PAS. Que je sache, PAS d’origines autres, PAS. Juste, cette trace, mon VISAGE.

C’est comme ça que ça a commencé. Toute petite, à l’école déjà, au primaire, au collège, au lycée, à chaque fois cette même demande, inquisition, perquisition de mon être et aussi, bien plus tôt encore, lorsque pas encore l’école mais seulement à jouer dans la cour, dans les rues, sous la pluie, dans le vent avec, mes sœurs, sous le regard de mes parents et du reste de la famille invitée dans la maison d’été, À CHAQUE FOIS, moi au milieu d’eux à entendre cette même ritournelle, Françoise en premier, la femme du frère de ma mère avec sa peau blanche et ses lèvres rouges et son chignon blond, de trois mètres de hauteur :

Elle est, comment dire, différente hein ?
Sa peau elle est, pas comme
le grain, c’est étonnant comme
Solange, avoue, tu n’aurais pas fauté ?

Et eux tous, les adultes, de rire, leurs bouches grandes ouvertes et crémeuses et tachées par, les gâteaux du dimanche à foison les COCHONS, sur la table noire en fer forgé, planté dans l’herbe rêche, verte et jaune dans laquelle j’adorais me rouler, courir, sauter et laisser traîner mes cheveux longs et bouclés NOIRS, CHARBON.

Diane, ma liane, ma grande, garrigue, sauvage, viens voir là.

C’est mon oncle Michel.

Je me lève, de l’herbe plein mes cheveux et ma bouche – c’est Marie, ma grande sœur la plus petite, celle juste AU-DESSUS DE MOI, elle m’en a mis partout.

Petite, Diane, gitane, princesse, mon ESMÉRALDA viens, viens sur les genoux de tonton dis.

Je m’approche, il m’attrape et me hisse, ses grosses mains de cambouis sur mes hanches – garagiste il était – jusque sur ses genoux.

Dis voir, montre tes yeux noirs.

Et il postillonne, un bout du sucre glace du millefeuille qu’il a à peine fini d’avaler là, collé sur ma joue. Je le regarde, j’essuie ma joue, j’essuie ma main sur sa chemise ROSE, des dimanches. Il rit, me chatouille les côtes dit
INSOLENTE, REBELLE, SAUVAGE, différente toi, hein ?Mon ESMÉRALDA, dis voir, dis-nous, d’où est-ce que tu, d’où est-ce que tu tiens, MAGICIENNE, d’où est-ce que tu tiens cette tête, cet APLOMB, cet HORIZON DE SUD ? On ne sait pas à qui tu ressembles. À qui elle ressemble cette petite, hein ?PETITE DERNIÈRE.
Solange, AVOUE, le FACTEUR, le PLOMBIER, HORLOGER, CUISINIER Solange, dis ?

Mayotte or not Mayotte ?

Texte inédit.
Mayotte or not Mayotte ? est une pièce courte, née d’une commande de la Cie des Passages (Marseille), autour des Femmes Savantes de Molière et plus précisément sur la famille et rapport entre soeurs, les différences, les jalousies…
Elle a été créée par la Cie des Passages en novembre 2015 au Théâtre Le Sémaphore à Port-de-Bouc.

Mise en Scène : Wilma Levy (aidée de Jenny Lauro Mariani sur l’axe dramaturgique). Distribution : Wilma Levy, Fabien-Aïssa Bussetta, Hayet Chouachi/Darwisch, Lucile Oza, Marc Menahem
Technique : œil extérieur/supervision : Nanouk Marty

Plus d’infos sur le projet de la Cie : Cie des Passages .

Extrait : 

3. Le repas, l’annonce, la famille.

Mariette et Élise entrent avec des couverts et des assiettes dans les mains, elles posent la table en silence, échanges de regards, tension, aussi dans la façon de mettre la table, surtout de la part d’Élise.
Elles s’assoient face à face. Michel entre avec le vin, les serviettes et le pain, suivi par Mylène qui porte un plat unique. Ils s’assoient. Mylène soulève le couvercle de la marmite.

ÉLISE. – ENCORE DE LA RATATOUILLE ?!
MYLÈNE. – Vois ça avec ton PÈRE. Pas foutu d’faire pousser autre chose que tomates, aubergines et courgettes. Mange du pain, ça remplira ton ventre.
MICHEL. – Mylène /
MYLÈNE à Michel. Ton assiette. Michel la lui tend.
MARIETTE. – Maman ?
MYLÈNE. – Qu’est-ce qu’il y a ? T’en veux pas toi non plus ?!
MARIETTE. – Non, non non, ne t’énerve pas, c’est pas ça.

Elle lui tend son assiette.

MYLÈNE. – J’suis fatiguée moi. Des vieux toute la journée, des ménages et encore des ménages et chaque soir, chaque midi, faut rentrer et vous faire à grailler !
MARIETTE. – Maman, on comprend. C’est pas ça.
ÉLISE. – C’est pas ÇA non. Elle rit et mange du pain.
MYLÈNE à Élise. – Quoi ?
ÉLISE. – C’est PIRE ce qu’elle a à te dire !
MYLÈNE. – Je m’assois. Un instant. Je me sers, je m’assois. Qu’est-ce qu’il y a ? T’es enceinte ? Mariette ? T’es enceinte ?

Mariette sourit.

ÉLISE. – Pire que ça maman, pire que ça !
MYLÈNE. – Tu es malade ? Le Sida ? L’hépatite ? Un PAPILLOMAVIRUS ?
MYLÈNE. – Non maman, non.

Élise rit.

MYLÈNE. – Tu te DROGUES ?! Élise manque de s’étouffer avec son pain. Tu fumes du haschich ou tu sniffes de la cocaïne ou bien, JE NE SAIS PAS !
MARIETTE. – Non maman, non, rien de tout ça, t’inquiète pas. C’est seulement que je pars.
MYLÈNE. – Tu PARS ?
MARIETTE. – Je quitte la maison je veux dire, je m’en vais vivre avec Ludo.
MYLÈNE. – Tu t’en vas vivre avec Ludo ?!
MARIETTE. – Oui.

Silence.
Mylène regarde Michel, Mariette regarde sa mère, Élise regarde son père.

MYLÈNE. – Tu savais ? Michel ? Tu SAVAIS ?
MICHEL. – Oui. Disons que, je savais que ça nous pendait au nez, je l’avais deviné.
MARIETTE. – PAPA !
ÉLISE. – Ça c’est du soutien le père, hein ? Elle rit.
MYLÈNE à Élise. TAIS-TOI ! toi aussi tu savais et tu ne m’as pas dit !
ÉLISE. – Me l’a dit tout à l’heure Mam’, avant j’savais pas, j’t’assure !
MYLÈNE. – Peu importe. La dernière. Toujours la dernière à savoir ! À Mariette : Et tu vas partir OÙ ? Et avec quel argent ?
MARIETTE. – Ludo a travaillé toute l’année comme skipper tu sais, il a mis de l’argent de côté et puis, on lui a proposé d’être à la barre pour un tour du monde en voilier, et moi je ferai la cuisine pour les propriétaires du bateau.
MYLÈNE. – Tu vas faire la BONICHE ?! Et sur un bateau en plus ?! Mais tu veux ma mort ma parole !

 

Un jour, je serai paysanne

« Un jour, je serai paysanne » a été publié dans la Revue de poésie sonore Camion N°O, aux Éditions Sonato et sur le blog : http://lacademiedesbrouillons.com/

Extrait :

Un jour, je serai paysanne.
Un jour, ni Mâcon, ni Dijon, ni Valence, ni Marseille, ni Breteuil ni ailleurs.
Un jour, Garlaban, Sainte Beaume ou Durance,
j’y planterai mes pieds, ne m’arracherai plus. Jamais.
Ce jour là ne sera pas sans toi, mon dodu. Je nous imagine.

Nos corps auront pris froid.
Tu auras une casquette, pour protéger ta tête des mistrals et des pigeons.
Et je ne quitterai plus mes bas, ni ta main.
On sera là, sous le cèdre du château, en plein après-midi, à regarder voler les mouches et tomber les enfants.

Oh… Désir ! Juke-Box # 2

Texte inédit.
Oh… Désir ! Juke-Box # 2 est né d’une commande d’écriture du Théâtre du Verseau (Lyon) sur la thématique de la question amoureuse et en particulier du discours du désir... Le texte a été créée par cette compagnie en 2011 dans le cadre des festivités Tout l’monde Dehors à Lyon.

Mise en scène : Philippe Labaune
Avec : Sonia Delbost-Henry, Léa Drouet, Matthieu Grenier, Nicole Mersey, Jonathan Peronny.
Son : Chloé Catoire
Scénographie : Claire Davy
Assistante : Claire Rolain
Costume : Claude Murgia
Lumière : Benjamin Nesme

Plus d’infos sur le spectacle : Théâtre du Verseau 

Extrait :

Tu la vois ?
Je la vois.
Elle regarde ?
Elle regarde.
Me regarde ?
NOUS regarde, je dirai. Je dirai, NOUS regarde.
NOUS regarde ?
Nous regarde.
Comment ça, NOUS ?
Nous. Nous deux, boy. Les gosses, les beaux gosses.

Pousse-toi de là.
De l’OMBRE.
Elle regarde ici. Mon ombre, sous ces FEUX LÀ et toi, tu me fais de l’ombre. ÉCARTE. Pousse ton PIED. C’est la mienne, mon OBJET. L’objet de mon DÉSIR.

Ton désir ?
Oui, ça. C’est ÇA. Pas la tienne.
Ton désir, EH RAGAZZO, le MOT. Tu sors le MOT.
Oui, je le sors oui, je le sors PARCE QUE TOI, je le sens le tien, monter, sur le MIEN

Je t’en prie

Alors que
DEUX
deux autres là-bas dans l’ennui, regarde-les. Et toi tu
T’IMAGINES
sur la mienne
sur le mien
mon objet.
Ses pieds, si jolis.
Les plis de ses jolis petits pieds, regarde
ses chevilles
dans les doigts je les serre LÀ
contre moi.