Trace(s)

Texte inédit.
Trace(s) est né d’une commande d’écriture de la Senna’ga Cie
C
est un monologue pour une femme, écrit pour Agnès Pétreau, comédienne et directrice artistique de la Senna’ga Cie.

Le texte a été créée sous forme de lecture-mise en espace, au Bois de L’Aune à Aix-en-Provence en novembre 2014.
Mise en scène et scénographie : Agnès Pétreau.
Assistante à la mise en scène : Tiphaine Janvier.
Avec Agnès Pétreau, accompagnée par le musicien Pascal Versini.
Créations lumières et régie : Jocelyne Rodriguez.
Plus d’infos sur le texte et la mise en lecture : Senna’ga Cie.

Extrait :

Diane. – Ils disent
Arabe, espagnole, italienne, portugaise, CORSICA DONNA ?
Ils disent
Peau mate, cheveux noirs les yeux noirs. ÉTRANGÈRE, ils disent. SÛR. Pas d’ici.
Les origines. Vos origines ? ils disent.
Les Vosges, je dis. Ils rient. Seulement ça, pas plus, je dis.
Ah bon ? ils disent et rient encore.
Ah bon, pas d’origines, vraiment ? Pas d’origine autres, vous ?
Non, je dis. PAS. Que je sache, PAS d’origines autres, PAS. Juste, cette trace, mon VISAGE.

C’est comme ça que ça a commencé. Toute petite, à l’école déjà, au primaire, au collège, au lycée, à chaque fois cette même demande, inquisition, perquisition de mon être et aussi, bien plus tôt encore, lorsque pas encore l’école mais seulement à jouer dans la cour, dans les rues, sous la pluie, dans le vent avec, mes sœurs, sous le regard de mes parents et du reste de la famille invitée dans la maison d’été, À CHAQUE FOIS, moi au milieu d’eux à entendre cette même ritournelle, Françoise en premier, la femme du frère de ma mère avec sa peau blanche et ses lèvres rouges et son chignon blond, de trois mètres de hauteur :

Elle est, comment dire, différente hein ?
Sa peau elle est, pas comme
le grain, c’est étonnant comme
Solange, avoue, tu n’aurais pas fauté ?

Et eux tous, les adultes, de rire, leurs bouches grandes ouvertes et crémeuses et tachées par, les gâteaux du dimanche à foison les COCHONS, sur la table noire en fer forgé, planté dans l’herbe rêche, verte et jaune dans laquelle j’adorais me rouler, courir, sauter et laisser traîner mes cheveux longs et bouclés NOIRS, CHARBON.

Diane, ma liane, ma grande, garrigue, sauvage, viens voir là.

C’est mon oncle Michel.

Je me lève, de l’herbe plein mes cheveux et ma bouche – c’est Marie, ma grande sœur la plus petite, celle juste AU-DESSUS DE MOI, elle m’en a mis partout.

Petite, Diane, gitane, princesse, mon ESMÉRALDA viens, viens sur les genoux de tonton dis.

Je m’approche, il m’attrape et me hisse, ses grosses mains de cambouis sur mes hanches – garagiste il était – jusque sur ses genoux.

Dis voir, montre tes yeux noirs.

Et il postillonne, un bout du sucre glace du millefeuille qu’il a à peine fini d’avaler là, collé sur ma joue. Je le regarde, j’essuie ma joue, j’essuie ma main sur sa chemise ROSE, des dimanches. Il rit, me chatouille les côtes dit
INSOLENTE, REBELLE, SAUVAGE, différente toi, hein ?Mon ESMÉRALDA, dis voir, dis-nous, d’où est-ce que tu, d’où est-ce que tu tiens, MAGICIENNE, d’où est-ce que tu tiens cette tête, cet APLOMB, cet HORIZON DE SUD ? On ne sait pas à qui tu ressembles. À qui elle ressemble cette petite, hein ?PETITE DERNIÈRE.
Solange, AVOUE, le FACTEUR, le PLOMBIER, HORLOGER, CUISINIER Solange, dis ?

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