Les blés

Les Blés est publiée dans le recueil « Le Monde me tue », Éditions Espaces 34, (2007).
C’est une pièce courte d’une trentaine de minute, écrite sur une commande des Éditions Espaces 34 et de l’ENSATT (École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre-Lyon), aux élèves « sortants » de la première promotion du Département Écrivains Dramaturges de l’ENSATT, à partir d’une phrase extraite du film « Accatone » de Pier Paolo Pasolini :
« Ou le monde me tue, ou je tue le monde ».

Elle a été créée en juin 2007 à l’ENSATT, par les jeunes comédiens, scénographes, costumiers et régisseurs de l’école, dans une mise en scène de Guillaume Delaveau.

Les Blés a également été mise en scène par Philipe Labaune en juin 2009 au au Nouveau Théâtre du Huitième, avec des élèves de terminale du lycée Belmont, à Lyon. 

Extrait :

Mère. – Iliana ? Qu’est-ce que tu fais ? Iliana ? Il n’y a pas de lune il fait sombre tu vas me faire tomber, Iliana. Je t’ai entendu parler. Avec qui ? Avec qui tu es Iliana? Ton lit. Vide. Ton père. Ca ne lui ressemble pas il dit. Ca ne lui ressemble pas. Sortir. Dans la nuit. Iliana qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi est-ce que tu ne me réponds pas Iliana ? Ce champ Une cabane ? Tu as emmené tes poupées ? Tu joues Iliana ? Tu te souviens ? -ça pique. Rappelle-toi je te disais / le blé. Ne couche pas le blé vilaine. On n’aura plus de pain. On n’aura plus de pain et il faudra te manger.
Iliana. – Ne m’approche pas !
Mère. – Tu vas attraper froid.
Iliana. – C’est l’été.
Mère. – Il se lève.
Iliana. – Je ne joue plus maman.
Mère. – Ton père Iliana. Il arrive. Il cherche son fusil. Il s’inquiète, tu le connais.
Iliana. – Je ne viendrai plus sur ton épaule
Mère. – Il ne le trouve pas. Il ne sait plus où il a mis son fusil.
Iliana. – Noyer tes jours
Mère. – Il sera malade. Il prendra mal. Tu vas lui faire prendre mal. Tes sottises -ça pique. Où es-tu ? Pas toujours été. Petite tu. Tu n’as pas toujours été comme ça. Qu’est-ce qui t’as changée comme ça ? Qui ? Ces gens. Tu as dû rencontrer des gens ils. Tu ne me dis pas tout. Du mal. Est-ce qu’ils t’ont fait du mal ? Tu ne me dis pas tout. À ta mère, tu ne dis pas tout. Aux étrangers, tu dis.
Iliana.- Je pars

Les Appalaches

Texte inédit.
Les Appalaches
est né d’une commande d’écriture de la Comédie de Valence, aux élèves du département Écrivains Dramaturges de l’ENSATT en 2005, sur le thème de la fugue.
Bien qu’il ait été écrit en premier, ce texte constitue le troisième volet d’une trilogie dont les deux premiers sont Casa nostra et Aimé sur le seuil dans lesquels on peut suivre trois étapes de la vie d’Héloïse.

Il a été créé en mai 2005 à la Comédie de Valence, dans une mise en scène de Michel Raskine, pour le Festival Temps de Parole.

Les Appalaches ont également été mis en scène par Philipe Labaune en juin 2009 au au Nouveau Théâtre du Huitième, avec des élèves de terminale du lycée Belmont, à Lyon. 

Extrait :

Un parc. Crépuscule. Cris d’enfants au loin. Il fait très froid. Banc. Pigeons. Le vent.
Au sol, face au banc, une grande plaque blanche avec des noms. Monument aux morts.
Héloïse est assise. Robe blanche, manches courtes, cheveux lâchés.
Coiffée et maquillée comme pour le bal. Un sac en plastique pend à son poignet gauche.
Ses pieds, nus, dans une bassine pleine d’eau. Elle attend.
Puis elle ouvre le sac plastique et jette du pain aux pigeons.
Louis est assis à ses côtés. Couvert, agité. Ils ne se regardent pas.

Silence

Louis. – Je tire un trait sur le passé j’ai dit. J’ai dit ça. Il rit. Je tire. Un trait. Sur le passé.
Et j’ai pleuré –Fsssiiiit- (geste de la main) Avec le trait. Sur le passé. Il rit.

Héloïse appelle les pigeons. Il la regarde.

Louis. – Les temps sont gris. J’ai tes mollets sur l’estomac.

Héloïse appelle les pigeons

Louis la regarde.

Louis. – Le Titanic, je lui ai dit. Il rit. Silence. Mes pieds, sur ton pallier. J’ai dit mes pieds –Fssiiit- (geste de la main). Une certitude. Elle n’a pas bronché. Ses yeux, comme deux lanternes. Je ne suis pas l’ombre d’une serpillière j’ai dit. Tout ton sommeil sur mon épaule. Les craques. Mon arbalète et mes fléchettes, oublie.

Héloïse appelle les pigeons

Louis. – Je prends la poudre. —– D’escampette. La poudre.
Et j’ai filé. Comme une grosse maille sur un collant ou pull jacquard. J’ai filé.
C’est fou hein ? Fou.

Casa Nostra

Casa Nostra. Éditions le Mot et le Reste (2009), Revue Nioques # 5. (Épuisé).
Ce texte a été lu pour la première fois par l’auteur au Festival La Mousson d’Été à Pont-à-Mousson en 2006. Il constitue le premier volet d’une trilogie dont les deux autres  volets sont : Aimé sur le seuil et Les Appalaches.
Casa nostra été créé par l’auteur en février 2008 à la Bibliothèque Départementale de Prêt du Vaucluse. S’en sont suivies une trentaine de représentations dans des bibliothèques du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône, au Théâtre du Petit Matin, à Montévidéo, aux Bancs Publics (Marseille), au Centre Pénitentiaire du Pontet, au Théâtre de Cavaillon-Scène Nationale, au Théâtre Antoine Vitez (Aix-en-Provence), au Théâtre Liberté de Toulon.

Pour la direction d’acteur, l’auteur-comédienne a reçu l’aide précieuse, à différentes étapes du travail de : Enzo Cormann (auteur, comédien, metteur en scène, responsable du département écriture de l’ENSATT), Dominique Laidet (comédien, enseignant dans le cadre du département écriture de l’ENSATT), Nanouk Broche (comédienne, metteur en scène de la Cie Ma Voisine s’appelle Cassandre-Marseille), Mireille Guerre (metteur en scène, co-directrice du Théâtre des Bernardines Marseille) et Hubert Colas (auteur, metteur en scène, co-directeur de Montévidéo-Marseille).

La Cie Si tu m’apprivoises (La Valette du Var) l’a ensuite créé en novembre 2015 au Théâtre Marélios de La Valette du Var.
Mise en scène : Réveline Fabre.
Avec : Vanessa Moskokovski.
Scénographie : Lucie Chevalier.

La Cie Feux de la Rampe (Paris) travaille actuellement à sa création, ainsi qu’à celle du deuxième volet du trytique, Aimé sur le seuil.
Mise en scène : Marie Tikova.
Avec : Alyse Soudet et Anthony Paliotti.
Scénographie : Élodie Monet.

EXTRAIT VIDÉO LECTURE  PAR L’AUTRICE :
Casa nostra

Extrait du texte  :

Oui mais / c’est dit / je dis c’est dit là moi c’est dit mais / c’est pas dit / c’est pas dit c’est / c’est pas dit là je veux dire je / seulement tourne autour de toi je / MARMELADE je / sourires oui sourires mais / mes yeux ils pépitent pépitent ailleurs ils
tombent ils / cailloux / ils /creusent les cailloux du sol avec mes pieds ils / juste quand toi tu es là / juste quand lui / là / contre / tout près de moi / ils / juste mes yeux / percent les malons ou l’herbe ou ou ou la terre
ILS BAISENT LA TERRE MES YEUX ILS trois tonnes mes paupières elles / pèsent ! Des / COUVERCLES Elles / HONTE! elles / fuient! elles / SOMMEIL!

Ses mains
Il posera ses mains sur la soucoupe Il tournera le sucre / la la / cuillère là dans le sucre et il dira / il me dira :
Ho
Hello
Héloïse ?
HÉLOÏSE !

Et là je je / SURSAUT
Parce que brûlure / parce que ses yeux / parce que c’est / IM / POSS / SSIBLE de le regarder!
Parce que ses mains / parce que / ses paumes / les paumes de ses mains / juste ses paumes / m’étais noyée là dans ses paumes / m’étais perdue / m’étais poème là dans ma tête disais /               / :
Tes paumes sur mes mains tes paumes sur mes fesses tes paumes sur mes lèvres tes paumes sur mes lèvres tes paumes sur mes lèvres tes paumes / tes paumes sur mes habits tes paumes sur mes seins tes paumes sur mon cou tes paumes sur mes joues tes paumes / tes paumes sur mon chat tes paumes sur mon beurre tes paumes sur mon lit tes paumes sur ma tasse tes paumes dans mes fleurs tes paumes sur ma nappe tes paumes sous mon toit tes paumes dans ma douche tes paumes dans ma cour tes paumes dans mon placard tes paumes dans ma salade tes paumes / tes paumes de velours tes paumes mon amour tes paumes mon amour tes paumes mon amour / tes paumes tes paumes tes paumes pom pom pom pom / pom pom pom

Lorsque au petit matin parut l’aurore aux doigts de rose

Lorsque au petit matin parut l’aurore aux doigts de rose est né suite à une commande d’écriture du Théâtre du Pélican (Clermont-Ferrand), dans le cadre du projet «Nouvelles mythologies de la jeunesse ».

C’est un court texte d’une trentaine de minutes pour adolescents.

Une première création a eu lieu en mai 2016 lors du Festival La Cour aux Ados #1 du Théâtre du Pélican de Clermont-Ferrand.
Mise en scène de Jean-Claude Gal et Thierry Robert.
Avec : Lina Aliani, Zoé Coupat, Antoine Flores, Cécile Gaudard, Djamil Mohamed, Margot Nugues-Schonfeld, Salama Rakotoarimalala, Valentin Roddier, Julien Sonntag et Alice Thouilleux. Plus d’infos :
http://www.theatredupelican.fr/yoan-ulysse-dapres-sabine-tamisier-homere/

Une nouvelle création est prévue en avril 2017 pour La Cour aux Ados #2.
Plus d’infos : http://www.theatredupelican.fr/festival-cour-aux-ados/cour-aux-ados-2017/9-nouvelles-mythologies-de-jeunesse-3/

Le texte est à paraître aux Éditions Théâtrales Jeunesses en avril 2017, dans le recueil : Les Nouvelles Mythologies de la jeunesse.

Extrait :

YOAN. – Et si t’étais pas mort papa ?
Si t’étais là, quelque part, en Méditerranée ou sur une autre mer, sur une île ?
Sur AIAIÉ peut-être ! C’est vrai, personne ne sait après tout.
Vos corps, DISPARUS, elle a dit maman.
J’y crois pas à ta mort. Grand-père, peut-être, d’accord, il était vieux, il a pris froid dans l’eau glacée de ce jour là – c’était l’hiver, elle dit maman -, puis un requin ou une baleine ou un CYCLOPE ont dû passer et HOP, le corps de grand-père ! Et celui de grand-mère tout pareil.
Mais toi, NON.
Pas pour rien, le PIC TÉLÉMAQUE. Le hasard j’y crois pas.
T’as dû nager jusqu’à la plus proche terre, tes doigts serrés sur un gros bout d’épave, tes pieds devaient frapper l’eau et ça t’a donné chaud et tu n’as pas pris froid comme grand-père et grand-mère. Tes pieds ont fait HÉLICE et t’as rejoint la terre ferme mais VIDE. Vide d’humains. Seulement des nymphes et magiciennes. Peut-être qu’elles t’ont ensorcelé ? Peut-être Circé t’a t-elle changé en PORC, comme autrefois les hommes d’Ulysse ! Peut-être que tu vis là, victime d’un sortilège et qu’à chaque fois que tu veux prendre la mer pour venir nous rejoindre, POSÉÏDON soulève les flots et ZEUS lui-même déchaîne le ciel ?
Peut-être. Peut-être que chaque jour qui passe tu élabores des plans pour te sortir de là et retrouver ta douce Sybille. « Ma douce Sybille », elle dit maman.
« Ma douce Sybille ».Elle dit que tu l’appelais comme ça.
Elle dit aussi que tu ne savais pas encore, POUR MOI, dans son ventre.

 Silence.

C’est l’aube, le zéphir souffle.

Le soleil pointe à l’horizon. Il éclaire Notre-Dame, perchée sur sa colline, dans la ville, là-bas. J’ai rien mangé papa. Pas pu dormir non plus. Et moi, le fils que tu ne connais pas, « lorsqu’au petit matin paraît l’aurore aux doigts de rose », je dois prendre le chemin de l’école, un CHARYBDE dans mon ventre.

 

Anakpok Kunuk

Texte inédit.
Anakpok Kunuk ou L’incroyable traversée, texte court (20mn), est né d’une commande d’écriture de la Cie Trafics D’art II, (Aix-en-Provence), dans le cadre de son projet sur l’hospitalité et le demandeur d’asile, « Un ange à ma table ».
C’est un texte tout public à partir de 9-10 ans.
Un enfant inuit demande asile à Marseille…

Il a été mis en espace, dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine à La Fondation Vasarely d’Aix-en-Provence , en septembre 2012.
Mise en scène : Gilbert Landreau.
Avec : Atsama Lafosse.

Extrait :

Anakpok.- Vous, pas croire moi. Anakpok sait. Adultes jamais croire. Pas grave. Voyage, pas important. Pourquoi Anakpok venu, important ça. Mamie Yubriana, morte. Mercure, plomb, dans son sang. Trop mangé poissons, phoques, oiseaux, pas bons. Mercure, plomb dans eux. Qui pose mercure, plomb, dans leur sang ? Amarok, père Anakpok, mort, plus vu lui. Coule sous glace jamais fondre d’habitude.

Glace casse, ours marchent autour, chasser, plus. Faim ils, ont. Morts alors. Comme Nanuq. Vous, avez laissé tomber Nanuq, dans mer Méditerranée. Mon petit – Anakpok sait. Inuits peur. Maisons bougent dans villages. Banquise chauffe.

Qui met chauffage à Mittimatalik ? Tikaali, frère Anakpok, mort. Corde à cou lui, Mam’le trouve. Alcool trop. Essence quads, motoneiges, respire, pleure. Anglais, français, parle pas Tikaali, pas travail pour lui. Drogue, alcool, qui amène ça à Mittimatalik ? Grand-père Yakone, malade lui, fume. Trop. Tousse, crache, fume cigares, cigarettes. Qui amène ça à Mittimatalik ? Anakpok sucre, dans son sang. Mange toujours chips, poutines, mars, snickers, fingers. Qui amène ça à Mittimatalik ?

Grand-mère Yubriana, quand malade, dis à moi, Anakpok, vois : hommes blancs, Qallunaat, gros sourcils, Tukuma, trop à faire, trop pressés. Avant eux, jours froids, durs mais heureux. Belles vies. Chasse, jouer, couture, enfants, chiens, voyages. Tout, plus pareil, Anakpok, tout, elle dit.

Vous, tuez, terre, nous. Bateaux, avions, voitures, usines, plomb, mercure, fumées, gaz, même loin, tout, arrive, à Mittimatalik. Prof, histoire-géo, dit, dans vingt ans, nous, inuits, réfugiés pour santé, réfugiés climatiques, réfugiés pas travail. Elle dit, vous, enfants nous, demanderaient asile.

Bientôt Mittimatalik, longue nuit, trois mois. Dedans tête mère aussi. Anakpok plus attendre. Pas voir mourir inuits. Ici, chaud. Horizon, pas. Mais, Anakpok plus savoir, à Mittimatalik, comme aidé Mam’ et Yakone ? Trop petit.

Fatigué. Fatigué parler aussi. Assez. Anakpok demande asile. Anakpok dit, réfugié je.

Trace(s)

Texte inédit.
Trace(s) est né d’une commande d’écriture de la Senna’ga Cie
C
est un monologue pour une femme, écrit pour Agnès Pétreau, comédienne et directrice artistique de la Senna’ga Cie.

Le texte a été créée sous forme de lecture-mise en espace, au Bois de L’Aune à Aix-en-Provence en novembre 2014.
Mise en scène et scénographie : Agnès Pétreau.
Assistante à la mise en scène : Tiphaine Janvier.
Avec Agnès Pétreau, accompagnée par le musicien Pascal Versini.
Créations lumières et régie : Jocelyne Rodriguez.
Plus d’infos sur le texte et la mise en lecture : Senna’ga Cie.

Liens vers des articles de presse :
Dans Zibeline, par Maryvonne Colombani, Juin 2019 : https://www.journalzibeline.fr/critique/rejoindre-ses-apparences/
Dans Zibeline, par Maryvonne Colombani, Novembre 2013 : https://www.journalzibeline.fr/critique/geographie-intime/

Extrait :

Diane. – Ils disent
Arabe, espagnole, italienne, portugaise, CORSICA DONNA ?
Ils disent
Peau mate, cheveux noirs les yeux noirs. ÉTRANGÈRE, ils disent. SÛR. Pas d’ici.
Les origines. Vos origines ? ils disent.
Les Vosges, je dis. Ils rient. Seulement ça, pas plus, je dis.
Ah bon ? ils disent et rient encore.
Ah bon, pas d’origines, vraiment ? Pas d’origine autres, vous ?
Non, je dis. PAS. Que je sache, PAS d’origines autres, PAS. Juste, cette trace, mon VISAGE.

C’est comme ça que ça a commencé. Toute petite, à l’école déjà, au primaire, au collège, au lycée, à chaque fois cette même demande, inquisition, perquisition de mon être et aussi, bien plus tôt encore, lorsque pas encore l’école mais seulement à jouer dans la cour, dans les rues, sous la pluie, dans le vent avec, mes sœurs, sous le regard de mes parents et du reste de la famille invitée dans la maison d’été, À CHAQUE FOIS, moi au milieu d’eux à entendre cette même ritournelle, Françoise en premier, la femme du frère de ma mère avec sa peau blanche et ses lèvres rouges et son chignon blond, de trois mètres de hauteur :

Elle est, comment dire, différente hein ?
Sa peau elle est, pas comme
le grain, c’est étonnant comme
Solange, avoue, tu n’aurais pas fauté ?

Et eux tous, les adultes, de rire, leurs bouches grandes ouvertes et crémeuses et tachées par, les gâteaux du dimanche à foison les COCHONS, sur la table noire en fer forgé, planté dans l’herbe rêche, verte et jaune dans laquelle j’adorais me rouler, courir, sauter et laisser traîner mes cheveux longs et bouclés NOIRS, CHARBON.

Diane, ma liane, ma grande, garrigue, sauvage, viens voir là.

C’est mon oncle Michel.

Je me lève, de l’herbe plein mes cheveux et ma bouche – c’est Marie, ma grande sœur la plus petite, celle juste AU-DESSUS DE MOI, elle m’en a mis partout.

Petite, Diane, gitane, princesse, mon ESMÉRALDA viens, viens sur les genoux de tonton dis.

Je m’approche, il m’attrape et me hisse, ses grosses mains de cambouis sur mes hanches – garagiste il était – jusque sur ses genoux.

Dis voir, montre tes yeux noirs.

Et il postillonne, un bout du sucre glace du millefeuille qu’il a à peine fini d’avaler là, collé sur ma joue. Je le regarde, j’essuie ma joue, j’essuie ma main sur sa chemise ROSE, des dimanches. Il rit, me chatouille les côtes dit
INSOLENTE, REBELLE, SAUVAGE, différente toi, hein ?Mon ESMÉRALDA, dis voir, dis-nous, d’où est-ce que tu, d’où est-ce que tu tiens, MAGICIENNE, d’où est-ce que tu tiens cette tête, cet APLOMB, cet HORIZON DE SUD ? On ne sait pas à qui tu ressembles. À qui elle ressemble cette petite, hein ?PETITE DERNIÈRE.
Solange, AVOUE, le FACTEUR, le PLOMBIER, HORLOGER, CUISINIER Solange, dis ?