Trace(s)

Texte inédit.
Trace(s) est né d’une commande d’écriture de la Senna’ga Cie
C
est un monologue pour une femme, écrit pour Agnès Pétreau, comédienne et directrice artistique de la Senna’ga Cie.

Le texte a été créée sous forme de lecture-mise en espace, au Bois de L’Aune à Aix-en-Provence en novembre 2014.
Mise en scène et scénographie : Agnès Pétreau.
Assistante à la mise en scène : Tiphaine Janvier.
Avec Agnès Pétreau, accompagnée par le musicien Pascal Versini.
Créations lumières et régie : Jocelyne Rodriguez.
Plus d’infos sur le texte et la mise en lecture : Senna’ga Cie.

Liens vers des articles de presse :
Dans Zibeline, par Maryvonne Colombani, Juin 2019 : https://www.journalzibeline.fr/critique/rejoindre-ses-apparences/
Dans Zibeline, par Maryvonne Colombani, Novembre 2013 : https://www.journalzibeline.fr/critique/geographie-intime/

Extrait :

Diane. – Ils disent
Arabe, espagnole, italienne, portugaise, CORSICA DONNA ?
Ils disent
Peau mate, cheveux noirs les yeux noirs. ÉTRANGÈRE, ils disent. SÛR. Pas d’ici.
Les origines. Vos origines ? ils disent.
Les Vosges, je dis. Ils rient. Seulement ça, pas plus, je dis.
Ah bon ? ils disent et rient encore.
Ah bon, pas d’origines, vraiment ? Pas d’origine autres, vous ?
Non, je dis. PAS. Que je sache, PAS d’origines autres, PAS. Juste, cette trace, mon VISAGE.

C’est comme ça que ça a commencé. Toute petite, à l’école déjà, au primaire, au collège, au lycée, à chaque fois cette même demande, inquisition, perquisition de mon être et aussi, bien plus tôt encore, lorsque pas encore l’école mais seulement à jouer dans la cour, dans les rues, sous la pluie, dans le vent avec, mes sœurs, sous le regard de mes parents et du reste de la famille invitée dans la maison d’été, À CHAQUE FOIS, moi au milieu d’eux à entendre cette même ritournelle, Françoise en premier, la femme du frère de ma mère avec sa peau blanche et ses lèvres rouges et son chignon blond, de trois mètres de hauteur :

Elle est, comment dire, différente hein ?
Sa peau elle est, pas comme
le grain, c’est étonnant comme
Solange, avoue, tu n’aurais pas fauté ?

Et eux tous, les adultes, de rire, leurs bouches grandes ouvertes et crémeuses et tachées par, les gâteaux du dimanche à foison les COCHONS, sur la table noire en fer forgé, planté dans l’herbe rêche, verte et jaune dans laquelle j’adorais me rouler, courir, sauter et laisser traîner mes cheveux longs et bouclés NOIRS, CHARBON.

Diane, ma liane, ma grande, garrigue, sauvage, viens voir là.

C’est mon oncle Michel.

Je me lève, de l’herbe plein mes cheveux et ma bouche – c’est Marie, ma grande sœur la plus petite, celle juste AU-DESSUS DE MOI, elle m’en a mis partout.

Petite, Diane, gitane, princesse, mon ESMÉRALDA viens, viens sur les genoux de tonton dis.

Je m’approche, il m’attrape et me hisse, ses grosses mains de cambouis sur mes hanches – garagiste il était – jusque sur ses genoux.

Dis voir, montre tes yeux noirs.

Et il postillonne, un bout du sucre glace du millefeuille qu’il a à peine fini d’avaler là, collé sur ma joue. Je le regarde, j’essuie ma joue, j’essuie ma main sur sa chemise ROSE, des dimanches. Il rit, me chatouille les côtes dit
INSOLENTE, REBELLE, SAUVAGE, différente toi, hein ?Mon ESMÉRALDA, dis voir, dis-nous, d’où est-ce que tu, d’où est-ce que tu tiens, MAGICIENNE, d’où est-ce que tu tiens cette tête, cet APLOMB, cet HORIZON DE SUD ? On ne sait pas à qui tu ressembles. À qui elle ressemble cette petite, hein ?PETITE DERNIÈRE.
Solange, AVOUE, le FACTEUR, le PLOMBIER, HORLOGER, CUISINIER Solange, dis ?

Mayotte or not Mayotte ?

Texte inédit.
Mayotte or not Mayotte ? est une pièce courte, née d’une commande de la Cie des Passages (Marseille), autour des Femmes Savantes de Molière et plus précisément sur la famille et rapport entre soeurs, les différences, les jalousies…
Elle a été créée par la Cie des Passages en novembre 2015 au Théâtre Le Sémaphore à Port-de-Bouc.

Mise en Scène : Wilma Levy (aidée de Jenny Lauro Mariani sur l’axe dramaturgique). Distribution : Wilma Levy, Fabien-Aïssa Bussetta, Hayet Chouachi/Darwisch, Lucile Oza, Marc Menahem
Technique : œil extérieur/supervision : Nanouk Marty

Plus d’infos sur le projet de la Cie : Cie des Passages .

Extrait : 

3. Le repas, l’annonce, la famille.

Mariette et Élise entrent avec des couverts et des assiettes dans les mains, elles posent la table en silence, échanges de regards, tension, aussi dans la façon de mettre la table, surtout de la part d’Élise.
Elles s’assoient face à face. Michel entre avec le vin, les serviettes et le pain, suivi par Mylène qui porte un plat unique. Ils s’assoient. Mylène soulève le couvercle de la marmite.

ÉLISE. – ENCORE DE LA RATATOUILLE ?!
MYLÈNE. – Vois ça avec ton PÈRE. Pas foutu d’faire pousser autre chose que tomates, aubergines et courgettes. Mange du pain, ça remplira ton ventre.
MICHEL. – Mylène /
MYLÈNE à Michel. Ton assiette. Michel la lui tend.
MARIETTE. – Maman ?
MYLÈNE. – Qu’est-ce qu’il y a ? T’en veux pas toi non plus ?!
MARIETTE. – Non, non non, ne t’énerve pas, c’est pas ça.

Elle lui tend son assiette.

MYLÈNE. – J’suis fatiguée moi. Des vieux toute la journée, des ménages et encore des ménages et chaque soir, chaque midi, faut rentrer et vous faire à grailler !
MARIETTE. – Maman, on comprend. C’est pas ça.
ÉLISE. – C’est pas ÇA non. Elle rit et mange du pain.
MYLÈNE à Élise. – Quoi ?
ÉLISE. – C’est PIRE ce qu’elle a à te dire !
MYLÈNE. – Je m’assois. Un instant. Je me sers, je m’assois. Qu’est-ce qu’il y a ? T’es enceinte ? Mariette ? T’es enceinte ?

Mariette sourit.

ÉLISE. – Pire que ça maman, pire que ça !
MYLÈNE. – Tu es malade ? Le Sida ? L’hépatite ? Un PAPILLOMAVIRUS ?
MYLÈNE. – Non maman, non.

Élise rit.

MYLÈNE. – Tu te DROGUES ?! Élise manque de s’étouffer avec son pain. Tu fumes du haschich ou tu sniffes de la cocaïne ou bien, JE NE SAIS PAS !
MARIETTE. – Non maman, non, rien de tout ça, t’inquiète pas. C’est seulement que je pars.
MYLÈNE. – Tu PARS ?
MARIETTE. – Je quitte la maison je veux dire, je m’en vais vivre avec Ludo.
MYLÈNE. – Tu t’en vas vivre avec Ludo ?!
MARIETTE. – Oui.

Silence.
Mylène regarde Michel, Mariette regarde sa mère, Élise regarde son père.

MYLÈNE. – Tu savais ? Michel ? Tu SAVAIS ?
MICHEL. – Oui. Disons que, je savais que ça nous pendait au nez, je l’avais deviné.
MARIETTE. – PAPA !
ÉLISE. – Ça c’est du soutien le père, hein ? Elle rit.
MYLÈNE à Élise. TAIS-TOI ! toi aussi tu savais et tu ne m’as pas dit !
ÉLISE. – Me l’a dit tout à l’heure Mam’, avant j’savais pas, j’t’assure !
MYLÈNE. – Peu importe. La dernière. Toujours la dernière à savoir ! À Mariette : Et tu vas partir OÙ ? Et avec quel argent ?
MARIETTE. – Ludo a travaillé toute l’année comme skipper tu sais, il a mis de l’argent de côté et puis, on lui a proposé d’être à la barre pour un tour du monde en voilier, et moi je ferai la cuisine pour les propriétaires du bateau.
MYLÈNE. – Tu vas faire la BONICHE ?! Et sur un bateau en plus ?! Mais tu veux ma mort ma parole !

 

Ateliers d’écriture

C’est avec grand plaisir que j’anime depuis plusieurs années des ateliers d’écriture théâtrale, ou sur d’autres thématiques imaginées en lien avec les organisateurs des ateliers, ainsi que des ateliers de lecture à voix haute.

Que ce soit lors d’un atelier avec des adultes, des enfants ou des adolescents, en maison de retraite, écoles, collèges, lycées ou associations diverses, c’est toujours un bonheur de voir surgir les univers de chacun, d’entendre la multitude des styles et ce que l’écriture révèle de notre intimité et de notre rapport au monde…


LES ORGANISATEURS DES ATELIERS PASSÉS ET/OU EN COURS…

  • Théâtre du Bois de L’Aune, Aix-en-Provence
  • Association Ornicarinks, Peyrolles
  • Lycée Val de Durance / Médiathèque Les Carmes, Pertuis
  • Bibliothèque Universitaire des Fenouillères, Aix-en-Provence
  • Badaboum Théâtre, Marseille
  • Théâtre de La Colonne, Miramas
  • Association Culture du Coeur, Marseille
  • Collège Anatole France, Marseille
  • Théâtre Joliette-Minoterie, Marseille
  • Compagnie Les Passeurs, Briançon
  • Médiathèque Municipale, Bollène
  • La Chartreuse-Centre National des écritures du Spectacle, Villeneuve-Lez-Avignon
  • Le LABO des Histoires PACA
  • Lycée Rouvière, Toulon
  • Peuple et culture, Marseille
  •  Lycée Duby, Luynes
  • Collège Marie Mauron, Pertuis
  • Festival des Nuits de L’Enclave, Valréas.
  • Théâtre Massalia, Marseille
  • Orphéon Théâtre, La Seyne sur Mer.
  • MA Scène Nationale de Montbéliard.
  • Théâtre du Pélican, Clermont-Ferrand.
  • Théâtre Liberté, Toulon.
  • Théâtre Universitaire de Nancy-Festival « Autour du Théâtre Contemporain ».
  • Centre Culturel Cucuron-Vaugines.
  • Théâtre Comoedia, Aubagne.
  • Bois de L’Aune, Aix-en-Provence.
  • Compagnie Des Passages, Marseille : ateliers au lycée de Gardanne.
  • Compagnie Senna’ga : ateliers dans des collèges des Bouches du Rhône.
  • Centre International de Poésie-Marseille.
  • Médiathèque Municipale Albert Camus, Carnoux
  •  Médiathèque Municipale Simone Veil, La Ciotat.
  • Médiathèque Municipale Jean-Claude Rey, Villelaure.
  • Médiathèque Municipale de Pernes-Les-Fontaines.
  •  Médiathèque  Municipale de Châteauneuf-de-Gadagne.
  • Association L’Albatros, Pernes-Les-Fontaines.
  • Collège Nathalie Sarraute, Aubagne

Un jour, je serai paysanne

« Un jour, je serai paysanne » a été publié dans la Revue de poésie sonore Camion N°O, aux Éditions Sonato et sur le blog : http://lacademiedesbrouillons.com/

Extrait :

Un jour, je serai paysanne.
Un jour, ni Mâcon, ni Dijon, ni Valence, ni Marseille, ni Breteuil ni ailleurs.
Un jour, Garlaban, Sainte Beaume ou Durance,
j’y planterai mes pieds, ne m’arracherai plus. Jamais.
Ce jour là ne sera pas sans toi, mon dodu. Je nous imagine.

Nos corps auront pris froid.
Tu auras une casquette, pour protéger ta tête des mistrals et des pigeons.
Et je ne quitterai plus mes bas, ni ta main.
On sera là, sous le cèdre du château, en plein après-midi, à regarder voler les mouches et tomber les enfants.

Oh… Désir ! Juke-Box # 2

Texte inédit.
Oh… Désir ! Juke-Box # 2 est né d’une commande d’écriture du Théâtre du Verseau (Lyon) sur la thématique de la question amoureuse et en particulier du discours du désir... Le texte a été créée par cette compagnie en 2011 dans le cadre des festivités Tout l’monde Dehors à Lyon.

Mise en scène : Philippe Labaune
Avec : Sonia Delbost-Henry, Léa Drouet, Matthieu Grenier, Nicole Mersey, Jonathan Peronny.
Son : Chloé Catoire
Scénographie : Claire Davy
Assistante : Claire Rolain
Costume : Claude Murgia
Lumière : Benjamin Nesme

Plus d’infos sur le spectacle : Théâtre du Verseau 

Extrait :

Tu la vois ?
Je la vois.
Elle regarde ?
Elle regarde.
Me regarde ?
NOUS regarde, je dirai. Je dirai, NOUS regarde.
NOUS regarde ?
Nous regarde.
Comment ça, NOUS ?
Nous. Nous deux, boy. Les gosses, les beaux gosses.

Pousse-toi de là.
De l’OMBRE.
Elle regarde ici. Mon ombre, sous ces FEUX LÀ et toi, tu me fais de l’ombre. ÉCARTE. Pousse ton PIED. C’est la mienne, mon OBJET. L’objet de mon DÉSIR.

Ton désir ?
Oui, ça. C’est ÇA. Pas la tienne.
Ton désir, EH RAGAZZO, le MOT. Tu sors le MOT.
Oui, je le sors oui, je le sors PARCE QUE TOI, je le sens le tien, monter, sur le MIEN

Je t’en prie

Alors que
DEUX
deux autres là-bas dans l’ennui, regarde-les. Et toi tu
T’IMAGINES
sur la mienne
sur le mien
mon objet.
Ses pieds, si jolis.
Les plis de ses jolis petits pieds, regarde
ses chevilles
dans les doigts je les serre LÀ
contre moi.

 

L’abandon

Texte inédit.
L’Abandon est né d’une commande d’écriture du Théâtre Dû (Mayenne), d’une pièce pour deux acteurs (un homme / une femme) et pour la rue.
C’est un texte court (20 à 30mn).

Il a été créé en octobre 2014 à Mayenne par la Cie Théâtre Dû, lors du Festival 53 Tours.
Mise en scène et interprétation : Sandrine Monceau et Bertrand Fournier.
Plastique : Bertrand Fournier, Élodie Grondin et Yannick Thomas.
Plus d’infos sur le texte et le spectacle : Théâtre Dû

Extrait :

Alors ? Qu’est-ce que tu en penses ma Didi ?

J’en pense rien. J’en pense, ABRÈGE, RAS L’BOL, DÉBARRAS. J’en pense STOP, c’est ICI ! Ici, et NULLE PART AILLEURS.

Ici, oui, c’est bien ce que je te dis ma Didi.

TROIS HEURES que tu nous balades sur les routes de campagne pour chercher LE lieu où les abandonner.

Ne dis pas ce mot ma Didi s’il te plaît, ne dis pas ce mot.

Je le dis OUI, je le dis. ABANDONNER, tu m’entends ? CAR, c’est ÇA, que je veux que tu FASSES, que l’on FASSE, aujourd’hui, ce matin, ici même, tu m’entends ? Ici et NULLE PART AILLEURS. Pas un kilomètre de plus. Mes REINS, EN CHARPIE !

Ma Didi, je comprends je comprends je OH / laisse-moi encore un moment

Un moment ?!

Un instant / je veux dire un instant / laisse-moi encore examiner les lieux, en goûter L’ATMOSPHÈRE, en flairer chaque recoin pour savoir / pour savoir si, si / ici, elles / seront / elles seront plus / HEUREUSES qu’avec nous, tu comprends ? Qu’avec nous bien / au chaud / dans les / MURS / murs si jolis, si douillets de notre petit appartement.

Aucune d’elles, tu m’entends ? Aucune d’elle ne remettra les pieds tu m’entends ?

LES PIEDS ?

Aucune d’elles ne remettra les pieds, OUI, les pieds, dans notre douillet petit appartement comme tu dis, HLM délabré, fuite d’eau, plus d’argent, PAS UN SOU, PLUS UN ROND à cause d’ELLES, tu m’entends ? PLUS UN FRANC, UN EURO, UN DOLLAR pour faire réparer tout ÇA et vivre décemment à cause d’ELLES et de TOI. À CAUSE DE TOI, ANTOINE !

Didi, ma Didi, mon Odile, NE CRIE PAS ! On pourrait

Quoi ?

On pourrait nous entendre.

Y’a DÉGUNT, pas un chat à cette heure, mais bientôt. DÉPÊCHE-TOI. C’est l’endroit IDÉAL. Personne ne te les volera. LAISSE-LES LÀ.